Carnet de route

TREK MERCANTOUR

Le 11/09/2026 par dejean catherine et Carole Solossi

TREK MERCANTOUR DU 23 AU 29 AOUT 2026 : Encadrantes, Carole et Jackie

·       J0- Samedi 22 août -Saint-Chamas → Saint -Etienne- de- Tinée

Nous avons pris la sage décision d’arriver la veille afin de pouvoir attaquer la randonnée dès le lendemain matin, frais et dispos. Et ce n’est pas du luxe :  presque 1 400 mètres de dénivelé positif nous attendent entre Saint-Étienne-de-Tinée et le refuge de Rabuons !

Nous sommes neuf, avec des sacs à dos stratégiquement préparés pour être à la fois efficaces et aussi légers que possible.

Première nuit à Saint-Étienne-de-Tinée, au VVF de Rabuons. Petites serviettes blanc immaculé, draps et couettes impeccables, douche bien chaude… Nous savourons ce confort avec d’autant plus de plaisir que nous savons que les jours suivants seront légèrement différents… !

Après un dîner, façon cantine vraiment très sommaire, une bonne nuit de sommeil et une attente fébrile devant l’ouverture de la salle du petit-déjeuner, le moment est enfin arrivé : c’est le départ tant attendu !

  • J1- Dimanche 23 août- Saint-Étienne-de-Tinée → Refuge de Rabuons- temps magnifique-

10,7 km D+1393 D-15                                                                                                                 

Nous traversons une forêt de feuillus puis de mélèzes. La pente est soutenue mais régulière et nous gagnons rapidement de l’altitude. Peu à peu, les arbres se font plus rares et laissent place aux pelouses alpines. Tout en bas Saint-Étienne-de-Tinée Auron et ses pistes apparaissent sur l’autre versant et, tout autour, les montagnes prennent de l’ampleur.

En chemin, nous laissons passer, avec une admiration sans bornes, les traileurs arrivant d’Auron. Ils ont déjà 22 kilomètres dans les pattes, une vingtaine les attend encore et, au total, près de 3 000 mètres de dénivelé !

A près de 2 400 mètres d’altitude nous rejoignons le Chemin de l’Énergie, spectaculaire sentier en balcon creusé à flanc de montagne au début du XXᵉ siècle. Après l’effort de la montée, cette portion presque horizontale est bienvenue. On reprend lentement son souffle tout en profitant de vues magnifiques sur la vallée.

Puis arrive la dernière et rude montée vers Rabuons. Le décor change encore : la végétation disparaît peu à peu et nous entrons dans un univers franchement minéral. Enfin, le refuge apparaît, posé sur son promontoire rocheux. On adore !

Nous atteignons le vieux refuge de Rabuons, ses volets verts et ses magnifiques lacs de montagne. On est tous contents d’avoir avalé ces 1 400 mètres de dénivelé sans souci ! Assis sur les bancs de la vaste terrasse dominant la vallée, nous savourons le moment. La montée est derrière nous, le panorama est superbe et nous sommes heureux d’être là.

Nous nous installons dans un petit dortoir avant de découvrir une surprise plutôt inattendue à cette altitude : une douche chaude, ingénieusement bricolée par le gardien ! Un homme adorable et chaleureux, au grand sourire mais lassé un peu de sa condition. Le repas est excellent et on reprend vite des forces. On se couche très tôt.

  • J2- Lundi 24 août Refuge de Rabuons→ Le Ténibre → Refuge de Rabuons- temps magnifique, orage le soir

10,27km, D+662, D-660

Réveil au refuge de Rabuons, après une mauvaise nuit pour certains. Aujourd’hui, moins de dénivelé que la veille, et sac allégé mais un objectif… le Mont Ténibre et ses 3 031 mètres et sa barre mythique des 3000 !

Nous quittons le refuge et son magnifique lac de Rabuons dans la saisissante fraîcheur du matin. Très vite le décor devient sauvage, plus d’arbres, quelques rares herbes, c’est un monde de pierres, de rochers et de lacs avec leurs eaux bleu sombres mais limpides .. C’est austère, grandiose et incroyablement beau.

Plus nous montons, plus le sentier devient casi invisible, nous suivons un groupe de jeunes novices qui peinent autant que nous.  Les pierres et les blocs prennent définitivement le dessus et il faut ouvrir l’œil, repérer les cairns et chercher son chemin.

À l’approche du sommet et de ses croix, nous progressons dans les blocs, cherchons les meilleurs passages et, par endroits, les mains viennent aider les jambes. Rien de vraiment technique dans de bonnes conditions, mais suffisamment pour nous donner un véritable parfum de haute montagne.

Et enfin… 3 031 ou 3037 mètres !

Nous voilà au sommet du Mont Ténibre.

Quel bonheur ! Autour de nous, un panorama immense : les montagnes du Mercantour à perte de vue, l’Italie toute proche et, loin sous nos pieds, les petits lacs que nous venons de longer.

Quelques photos bien sûr !

Il faut pourtant redescendre. Et dans ce chaos de pierres, la descente demande presque autant d’attention que la montée. On retrouve progressivement les lacs, et on se vautre au soleil sur les berges de l’un d’eux pour manger et entamer une petite sieste.

Retour sur la terrasse du refuge et direction la douche… mais cette fois, elle est prise d’assaut ! Il y a la queue et la quasi-certitude de finir sous l’eau froide. Avec Carole, on opte donc pour une solution radicale : descendre jusqu’au lac pour y faire un brin de toilette. Et finalement, l’eau n’est même pas si glacée ! Un bain improvisé et un vrai petit moment de bonheur.

Pendant ce temps, le ciel s’assombrit et l’orage se prépare. Par précaution, le gardien demande aux campeurs de déplacer leurs bivouacs et de s’éloigner du lac.

C’est alors qu’un mec se met à « se scandaliser ». Il estime qu’il fait désormais trop sombre pour déplacer sa tente et refuse totalement de payer sa nuitée dans le refuge. Nous assistons à la scène, consternés par son attitude, le gardien fait preuve d’une patience infinie, propose en vain de l’aider à monter sa tente, de lui montrer un abri sous roche.

La discussion s’éternise… Quant à cet énergumène, il finira sa nuit à l’abri certes, mais on pense dans les toilettes du refuge situés en contrebas !

Dans le dortoir avec nous cette nuit, une équipe de costauds travailleurs italiens venus pour restaurer les abords du refuge.

  • J3- Mardi 25 août -Refuge de Rabuons→ Refuge del Laus- temps beau, un peu nuageux et frais .

18,6km D+739, D-1373

Nous quittons au matin frisquet notre vieux refuge de Rabuons et son magnifique lac. Après deux nuits ici, nous avions presque pris nos habitudes, mais il est temps d’endosser nos sacs et de poursuivre l’itinéraire, direction l’Italie !

Nous longeons une dernière fois les eaux du lac de Rabuons avant de reprendre de l’altitude par une montée raide. Très vite, nous retrouvons cet univers minéral découvert la veille sur les pentes du Ténibre : pierres, éboulis, lacs de montagne et sommets rocheux à perte de vue avec certes quelques végétations de pelouse alpine.

Le chemin monte progressivement vers la frontière. Les jambes se souviennent un peu du Ténibre de la veille surtout après le pique- nique.

Nous atteignons finalement la timide borne frontalière.

De l’autre côté, changement de décor. Il faut maintenant basculer sur le versant italien et perdre l’altitude gagnée. La descente sur un chemin pourtant large est excessivement longue et ce terrain de pierre demande de l’attention, et fatigue nos pauvres articulations.

Petit à petit, pourtant, le paysage s’adoucit. Les grands éboulis laissent de nouveau apparaître un peu de végétation et nous retrouvons progressivement des paysages moins austères.

Après plusieurs heures dans cet univers casi minéral, l’arrivée près du magnifique Lago del Laus fait du  bien mais pas d’arrêt nous avons tous hâte de nous poser au refuge.

Et puis apparaît enfin, caché au détour de la piste (on le cherche un peu).

Une douche pour 30 personnes c’est peu et il y a foule dans l’étroit couloir ! elle est payante mais chaude.

Le chiot du refuge est amusant, il aboie aux marmottes qui le narguent  

Nous retrouvons les visages désormais familiers de ceux qui partagent notre itinéraire depuis quelques jours.

Après un copieux repas, gros dodo qu’on espère réparateur !

  • J4- Mercredi 26 août -Refuge del Laus→ Santuario di Sant’Anna di Vinadio - temps magnifique

       14,4km, D+1127, D-743

Ce matin, nous laissons Jacques, toujours gêné par sa hanche douloureuse, aux bons soins du gardien. Celui-ci le déposera sur la route, d’où il pourra rejoindre en stop le sanctuaire et nous y retrouver un peu plus tard.

De notre côté, nous descendons tranquillement par la piste forestière jusqu’à Callieri. Nous savourons cette verdure ! La forêt est magnifique, fraîche et voluptueuse. En chemin, nous croisons quelques promeneurs venus pour ramasser des champignons.

Depuis Callieri, nous entamons une magnifique montée à travers la forêt, et longeons le torrent Rivo di Tésina. Soudain, un magnifique trou d’eau limpide, on se « pause ». L’eau est franchement glaciale… mais il en faut plus pour décourager Carole, qui s’y plonge courageusement et réussit même à faire quelques brasses ! Jackie tente à son tour.

Bravo les filles !

Peu à peu, les arbres s’espacent et le paysage s’ouvre sur de magnifiques pâturages, ourlés de hautes montagnes. Un véritable décor de carte postale !

Nous traversons un troupeau de vaches paisibles avant de rencontrer le sympathique berger et ses deux gros chiens. Quelques mots échangés, un sourire, et il nous indique le chemin à suivre vers le sanctuaire.

Une petite montée bien raide nous attend, suivie d’une descente à travers une vaste étendue de tourbières, jusqu’à un petit lac. C’est là que nous décidons de pique-niquer, tout en regardant avec une petite appréhension la sente qui grimpe sèchement au pied de la falaise jusqu’au col.

Et, en effet, la montée sera une belle épreuve ! Mais l’effort est vite récompensé : la redescente, par un très beau chemin en direction du Lago Sant’Anna, est magnifique et nous avons une saine occupation à localise la marmotte qui siffle !

Nous cherchons ensuite le sentier qui mène au sanctuaire, mais celui-ci est fermé en raison du risque de chutes de pierres. Finalement, nous poursuivons par le chemin classique, après le parking.

L’arrivée à Sant’Anna di Vinadio est assez étonnante. Après plusieurs jours passés dans des refuges isolés, entourés presque uniquement de randonneurs et de montagnes, nous retrouvons soudain des voitures et du monde.

Le sanctuaire est installé à plus de 2 000 mètres d’altitude et semble posé là au bout du monde. Pourtant, c’est depuis des siècles un important lieu de passage puis de pèlerinage. Nous découvrons avec curiosité ce site unique lové dans la montagne, avec son église, ses hauts bâtiments austères de pierre sèche. C’est une atmosphère particulière un mélange de ferveur, d’histoire, de tourisme et de vie montagnarde.

Nous posons nos sacs dans l’annexe confortable, de l’immense refuge alpin Casa San Gioachino. Après l’installation, place à un grand apéro au bar !

Le dîner nous réserve une nouvelle surprise : nous sommes accueillis dans une vaste salle de restaurant, nappes blanches sur les tables, et servis par de jeunes bénévoles. Nous sommes bien loin de l’ambiance rustique des refuges ! Le recteur vient même nous saluer et échange quelques mots avec nous dans un français impeccable. Une attention qui nous touche.

Après le repas, nous décidons d’aller découvrir l’église du sanctuaire. La porte est ouverte.

L’intérieur est étonnant. Première surprise : le sol est franchement en pente ! Construite directement sur la roche façonnée autrefois par les glaciers, l’église en épouse naturellement l’inclinaison.

Mais ce sont surtout les innombrables ex-voto qui attirent notre regard et suscitent notre émotion. Ils tapissent les murs et racontent, chacun à leur manière, des siècles de foi, de gratitude, d’espoir et sans doute aussi de vies perdues ou sauvées.

Dans le silence de l’église, après notre journée de marche, l’atmosphère est incroyablement particulière. Croyant ou non, difficile de rester insensible à ce lieu de culte perché à plus de 2 000 mètres d’altitude, au cœur des montagnes.

Mon émotion est encore plus grande lorsque, vers 21 h 30, avant la célébration eucharistique, j’aperçois le recteur du sanctuaire, en soutane noire, accompagné d’un prêtre noir en soutane blanche. Lentement tels des rois mages ils avancent et font le tour du cloître en balançant leurs encensoirs. Des volutes d’encens au parfum un peu épicé s’élèvent dans l’air du soir et enveloppent peu à peu les lieux. Dans cette quiétude du bout du monde, oui le temps vient de s’arrêter, je n’oublierai jamais ce moment magique.

  • J6- jeudi 27 août - Santuario di Sant’Anna di Vinadio  → Isola 2000- temps beau mais quelques nuages

11,83km, D+590,D-544

Ce matin, nous quittons (avec un petit pincement au cœur pour moi) le sanctuaire de Sant’Anna. Après l’atmosphère si particulière de la veille, le silence de l’église et ce moment suspendu autour du cloître, il est temps de reprendre notre route. Aujourd’hui, nous allons repasser la frontière et retrouver la France.

Depuis le sanctuaire, nous remontons vers le rocher où veille la statue de Sant’Anna. Le chemin prend rapidement de la hauteur et nous ramène dans un décor de montagne beaucoup plus minéral.

À environ 2 100 mètres, nous quittons l’itinéraire emprunté la veille et prenons la direction du Lago del Colle di Sant’Anna. Le petit lac apparaît niché dans son écrin de pierres et de pelouses d’altitude. Nous le contournons avant d’attaquer une série de grands lacets à travers les pierriers.

La montée est régulière.

Nous atteignons bientôt un petit col herbeux, tout près de la cime de Moravachère. Commence alors une très belle traversée sur un large épaulement qui suit presque la frontière. Tantôt nous marchons côté italien, tantôt au plus près de la ligne séparant les deux pays. Les anciennes bornes frontières jalonnent notre chemin.

La marche est facile, légère, agréable. Nous avançons sur les hauteurs, le regard portant au loin sur les vallées françaises et italiennes et sur nos pensées… !

Puis le chemin amorce une très légère descente avant d’atteindre le col de la Lombarde, à 2 350 mètres d’altitude.

Nous voilà de retour en France !

Du col de la Lombarde, nous descendons quelques centaines de mètres par la route avant de retrouver le sentier. Celui-ci traverse à flanc de montagne, entre rochers et éboulis, en direction d’Isola 2000.

Et bientôt, la station apparaît au loin. Nous atteignons Isola 2000 vers 14 heures. Après le pique-nique, le temps devient de plus en plus orageux. Nous nous installons alors à la terrasse d’un bar bien sympathique, où nous patientons tranquillement en attendant le bus 92 qui nous amène à Isola village.

Nous nous installons au centre de vacances Le Foehn, plein d’enfants. Dehors, il pleut à verse et, malheureusement, les prévisions météo pour vendredi ne sont guère encourageantes.

À l’heure de l’apéritif, Carole nous présente les différentes options possibles au vu de la pluie annoncée. Après quelques hésitations, nous sommes d’abord deux, puis trois, à prendre la décision de ne pas poursuivre le périple.

Le récit des étapes J7 et J8 a été complété par Carole, qui faisait partie du groupe ayant poursuivi l’itinéraire.

  • J7- vendredi 28 août – Isola 2000→ Questa- temps orageux

11,78km, D+901, D-585

Les six autres membres du groupe poursuivent donc l’aventure.

Nous quittons Isola Village avec la navette locale afin de rejoindre notre sentier à Isola 2000.

Le parcours traverse de jolis cirques, comme celui des lacs de Terre Rouge. L’ascension est progressive et, par endroits, le sentier aménagé par l’homme facilite notre progression. Le décor est très minéral…

Un vent très fort nous accueille à la Baisse de Druos. Ce col amorce notre nouvelle descente vers l’Italie.

Entre les lacs de Valscura et le refuge de Questa, les magnifiques chemins dallés, vestiges de l’ancien territoire de chasse du roi Victor-Emmanuel II, constituent l’un des points d’orgue du parcours.

Nous découvrons également les ruines de bâtiments militaires italiens , la batterie de Druos et la caserne Massimo Longa, bien utiles pour nous abriter.

Malgré la pluie et le vent, toute l’équipe s’accroche jusqu’au refuge. Heureusement, un bon minestrone et de savoureux chocolats chauds nous réchauffent rapidement !

  • J8-samedi 29 août –Questa → Boréon - temps magnifique

16,02km, D+457,D-1183

Compte tenu du dénivelé négatif annoncé par le col de Fremamorte et de l’état des troupes (!), nous décidons d’emprunter le sentier menant au Pas du Préfouns (2 615 m). Cet itinéraire nous permettra de gagner en distance et de réduire le dénivelé négatif.

D’en bas, nous découvrons un pierrier gigantesque et nous nous demandons à quoi il ressemblera de près ! Finalement, le sentier est cairné et bien balisé ; la progression se fait tranquillement, tantôt sur de gros blocs, tantôt sur des sentiers caillouteux et secs.

Au col, une famille de chamois — ou peut-être de bouquetins — nous accueille, ainsi qu’un ancien bâtiment militaire.

À nouveau en France, nous amorçons la descente vers le lac Nègre, que nous longeons sur toute sa longueur. Nous rencontrons à présent de nombreux randonneurs.

Notre retour se fait par le col de Salèse, puis nous empruntons l’itinéraire le plus facile pour rejoindre le gîte du Boréon, où une partie du groupe nous attend déjà..

Le groupe est ensemble à Boréon

Les visages de nos 6 courageux sont un peu fatigués, mais tout le monde est heureux de se retrouver et de partager ses « déjà » souvenirs.

  • Et puis arrive dimanche, l’heure de reprendre la route vers Saint-Chamas… Notre périple touche à sa fin.

Un beau trek s’achève, de magnifiques paysages, de refuges et lieux inoubliables, 94 kilomètres et 5869 de dénivelés parcourus, de bonne humeur et de beaux moments partagés.

Un grand merci à Carole et Jackie pour l’organisation et l’accompagnement, et bien sûr à toute l’équipe

Fin du périple… mais certainement pas la fin de nos séjours dans le Mercantour !

 

Présents : Carole S, Jackie C, Malika B, Véronique D, Isabelle H, Christine et Gilles M, Jacques B, Catherine D

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